Je n'ai pas forcément eu le meilleur exemple en terme de paternité, dans ma vie. J'ai eu un excellent exemple de grand-père, en revanche, mais père, c'était une autre histoire. J'ai vu des oncles géniaux, qui avaient l'air différents avec leurs enfants. Pas forcément mauvais. Pas forcément les meilleurs. J'ai vu autour de moi des personnes qui avaient leur père et auraient souhaité ne pas en avoir. D'autres n'en avaient pas et en souffraient. Pour ma part, et étant donné l'explication et le recul que j'ai eu sur la situation, je me rends compte que je n'en ai jamais manqué. Pas du père en tant que tel. J'avais d'autres exemples masculins et ça ne m'a pas empêchée de pouvoir me rendre compte que les hommes ne sont pas tous mauvais, au contraire, certains sont excellents. Et pourtant, aujourd'hui, il est vrai que je me pose des questions sur ce rôle que je connais peu. Et que je ne connaîtrai jamais étant donné que je doute me réveiller demain dans la peau d'un homme.
Lorsque j'ai vu mon cher et tendre pour la première fois avec des enfants, j'ai réalisé qu'à priori, je n'avais pas de souci à me faire. Le désir d'enfant était présent depuis un moment, mais ce n'est pas ici la question. Simplement, j'y avais réfléchi, en fonction aussi bien de mon histoire, de la sienne, de ce que j'avais pu voir, de nos échanges à ce propos. C'est assez étrange d'ailleurs d'imaginer ce changement de statut chez quelqu'un qu'on connait peu, puis de mieux en mieux. Parfois ça coule de source, comme ici, parfois non.
Dans tous les cas, le changement est au rendez-vous. Si il n'y a pas de changement, souvent, il n'y a pas d'adaptation à la nouvelle situation. Au fil de mes études, et encore plus cette année, je me suis penchée sur ce qu'on attribuait aux pères. Ce qu'on attendait d'eux. Mais aussi le soin qu'on leur apportait, ce qu'on pouvait faire pour les aider à vivre la transition. Non, ce n'est facile pour personne. C'est un challenge qui se prend à bras le corps, un changement de statut. Pas assez investi, le père s'efface. Trop investi, le père se retrouve chargé d'une quantité considérable de nouveauté à gérer. C'est un saut dans la nouveauté, peu importe le nombre d'enfants, mais encore plus lorsque c'est le premier.
Je suis assez étonnée, à vrai dire, de voir la dichotomie entre les demandes. Être là à 100% et s'investir dans la grossesse mais ne pas trop en faire. Être au petit soin mais continuer à ramener de l'argent. Voir dans la femme uniquement sa femme, la femme sensuelle et pas la femme mère, ou au contraire ne pas la voir autrement que comme cette mère, dans un tabou encore ancré. Il ne faut pas la désirer. S'investir dans les choix par rapport à cet enfant, et pourtant entendre que ce n'est pas son corps, qu'au final, le choix repose sur la mère. Je pense qu'il est difficile aussi pour une mère de savoir où se placer. Certes son enfant est biologique, aucun doute. Contrairement au père qui peut d'ailleurs en douteur. Mais surtout, il faut réussir à savoir où se placer au milieu de ce trio (voire plus, en cas de grossesse multiple). C'est compliqué,
c'est une nouvelle aventure. Mais tandis que les mères ont de multiples études faites à leur sujet, que le soutien psychologique leur est souvent proposé en pré et post natal, les pères sont parfois un peu perdus au milieu de tout ça. Cela m'a étonnée de voir l'inégalité flagrante d'études sur ces papas. Oui, ils peuvent souffrir de la remise en question des affects de leur enfance. Oui, ils peuvent se sentir coupables aussi. Oui, ils ont envie de passer du temps avec leur enfant et sont capables de s'en occuper. Oui, ils ont des soucis avec leur estime d'eux même lorsqu'ils se demandent si ils vont être à la hauteur. Minimiser la pression sur leurs épaules est une grave erreur.
C'est un grand pas à faire à deux. Mais surtout, si la relation ne tombe pas en morceaux avant cet enfant (et en particulier si il n'a pas été fait pour tenter de sauver une relation, ce qui au final marche plutôt mal), quelle aventure à commencer ensemble ! Et non, être parents et être amants n'est pas incompatible. Non, mettre au monde un enfant commun n'est pas forcer la passion à s'éteindre. Au contraire. C'est redécouvrir l'autre, mais se rendre au compte que ce temps passé avant l'enfant n'a pas disparu. Il n'est pas mort. Il a mené à la concrétisation de l'amour, quelle beauté !
Laissons donc à ces papas (ou mamans n'ayant pas porté l'enfant, d'ailleurs !) l'occasion de prendre soin de cet enfant comme il a pris soin de son aimé(e) avant ça. Tout le monde découvre. Découvrir ensemble fait aussi partie de la situation. Ne laissons pas le stress nous manger. Ne laissons pas l'incertitude avoir raison de ce qui a été assez beau et intense pour donner un petit être.
Et même dans les situations où arrive la perte, volontaire ou non, d'un enfant, les papas aussi souffrent. Bien sûr qu'ils vivent un deuil. Ils ne l'ont pas porté mais ont connu l'existence de ces cellules pouvant devenir un bébé, ou déjà foetus. Eux aussi peuvent passer au travers de durs moments. Se sentir mal pour leur femme, se sentir perdus et vides. Car oui, eux aussi construisent peu à peu leur attachement. Et quel parcours ! Ils ne rencontrent cet enfant que plus tard, concrètement. Mais dans leur esprit, certains papas connaissent cet enfant dès leur conception. C'est ainsi et disqualifier la douleur et le deuil serait aussi injuste que de dire de passer à autre chose à une mère qui perd son enfant. Le rythme de chacun est différent. Acceptons le aussi chez les pères. Ils ne sont que rarement juste des 'géniteurs', lorsqu'ils restent après avoir appris la grossesse. Ils fondent une famille, ou l'agrandissent.
Ceux qui choisissent de partir ont probablement leurs raisons aussi. Historiques, environnementales, liées à un chantage, ou à simplement une absence de sentiment. Un accident. Et ceux qui ne souhaitent pas endosser ce titre de père n'en sont tout simplement pas. Ce n'est sain pour personne de forcer un statut sur une personne qui ne le souhaite pas.
Prenons le temps, parfois, de remettre tous ces hommes dans leur contexte. Un jour, ils ont appris qu'ils avaient créé la vie. Ils ne le voient souvent pas immédiatement. Ces deux traits sur un bout de plastique semblent abstraits, mais n'empêchent pas de commencer à se projeter. D'autres commencent en voyant l'écran s'animer, en entendant ce coeur qui bat. Et eux aussi, passent parfois des nuits blanches à se demander comment faire face à tout ça, sans inquiéter leur femme, sans dévier du modèle de "l'homme fort". Acceptons donc que tout le monde ait des faiblesses. Nous en avons tous. Le plus important, après cela, est de ne dénier aucune aide à l'autre et simplement grandir ensemble. Comme avant cet enfant. Chaque jour, un pas de plus. Un jour de plus. Une expérience en plus.