Être un bon ami. Être un bon petit ami. Être un bon parent. Être un bon enfant. Être un bon citoyen, un bon humain, un bon consommateur, un bon étudiant. Et le soir, devoir se regarder dans le miroir, retirer chaque étiquette calmement. Certains se voient toujours dans le miroir. D'autres ne voient rien. Une identité manquante. Le soi n'est rien. Je n'a de sens qu'avec toutes les étiquettes sur le visage.
Sans aucun doute, l'ego est un des domaines qui m'étonne et me passionne le plus. Gros ego, ego piétiné, ego instable... Une chose est sûre aussi, il est aussi bien demandé de sortir du lot, peu importe la situation, mais aussi de ne pas trop sortir du moule. Soyez remarqué, mais pas trop.
Je me demande parfois si il existe une seule personne passée sur Terre qui ne ce soit posé la question "Qui suis-je ?" Cette sensation de ne pas se connaître soi-même est compliquée à gérer. Certains arrivent à construire, intérieurement, un sanctuaire calme et dur, un noyau immuable leur donnant la sensation d'avoir quelque chose d'unique, de toute manière : Eux. Ces gens ne sont pas forcément sous l'égide de l'ego surdimensionné, la plupart de ces gens ont d'ailleurs au final un ego assez fragile si on gratte assez le vernis. Ceux dont l'ego est calme et assuré subissent mieux le changement, car il est extérieur. Même intérieurement, il ne touche pas ce noyau dur qui leur assure qu'ils sont bien eux.
Et de l'autre côté, il y a ceux dont l'identité est plus difficile à construire. Ce n'est ni forcément la faute des parents, de l'entourage, de l'environnement... Les origines sont si multiples qu'il n'y a pas un seul ego identique à l'autre dans une même situation. Tout est flou. Les goûts sont flous, les perspectives sont floues... La confiance en soi est basse, car il y a ignorance même de ce qu'on sait faire. Par précaution, il est parfois plus facile de dire qu'on ne sait rien faire.
Face à ces situations, certains cherchent, piochent à droite à gauche des idées, des goûts. Ceci est populaire, il y a beaucoup de fans. Je vais aimer ça car je vais faire comme tout le monde. Je vais être du gros groupe. Et je pourrai dire "J'aime ceci" en me présentant, car j'aurai des chances fortes de tomber sur quelqu'un qui pense comme moi. Et si il ne pense pas comme moi, il est forcément stupide car nous sommes nombreux à aimer ceci. Au contraire, la personne peut choisir de détester ce qui est si populaire. Car il ne veut pas tout à fait être comme tout le monde, mais tout de même se rapprocher d'un grand groupe. Il n'y a pas vraiment de différence entre un groupe qui aime quelque chose de populaire et un groupe qui le déteste. Ce qui est populaire provoque forcément un avis. Bon ou mauvais, on trouvera des gens pour être accueilli. D'autres encore, dans cette situation, choisissent un exemple qui représente un idéal. Et tentent de combler ce vide en essayant de mettre une apparence semblable, sans se douter que ces gens n'ont pas que l'apparence, mais un fond, un ego pour aller avec. Le résultat n'est satisfaisant pour personne. Ni pour la personne qui réalise qu'elle n'est qu'une coquille vide, pas plus satisfaite qu'avant, pas plus complète qu'avant, ni pour la personne en face, qui pour se consoler pourra se dire “Imitation is the sincerest form of flattery that mediocrity can pay to greatness.” comme l'a dit Oscar Wilde. Mais ce n'est plaisant pour personne.
D'autres choisissent des goûts et se bâtissent des identités à la sueur de leur front, trouvent des goûts et construisent leur vie en trouvant des choses qu'ils aiment réellement. A mesure, ils font ce qu'ils peuvent pour trouver ce qui leur ressemble. Mais sans le noyau dur de l'ego stable, d'autres tempêtes se profilent à l'horizon. Et lorsque quelqu'un aime la même chose, se passionne pour la même chose, fait les mêmes choses, le monde entier identitaire s'effrite et s'effondre. "Qui suis-je, si il/elle est comme moi ?" "Si il voit ce poème comme ceci, et pas moi, est-ce que l'histoire que j'ai bâtie avec le texte est totalement invalidée ? Est-ce que je suis totalement invalidé ?" C'est se sentir mis à nu, sans histoire profondément reliée à soi à raconter, car d'autres y ont mis leur empreinte et ont "gâché" ce lien précieux. Être à nouveau face à ce rien, dans le miroir.
Il n'y a pas de solution magique. Il n'y a que soi pour essayer de trouver ce qui fait ce noyau.
Se définir par ses rôles et ses goûts n'est pas mauvais, en soi. Ce n'est pas une solution, mais c'est une béquille... Et des gens vivent avec des béquilles toutes leurs vies sans être empêchées par qui que ce soit ou quoique ce soit d'atteindre des sommets.
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