Nous entrons en terrain connu, et pourtant si vaste... C'est un petit laïus qui a du patienter. S'est construit peu à peu. Parfois une phrase par une phrase. Parfois par grands à coup. Comme l'amour. Parfois c'est une explosion. Parfois il se construit tout doucement. S'insinue jusqu'à avoir l'air d'avoir été là depuis toujours.
C'est un sentiment que je réserve à quelques personnes car je le considère comme bien trop précieux. Je l'ai distribué quelques rares fois, à tort, et je me suis dis que plus jamais je ne ferais cette erreur. Je peux me rapprocher de personnes, y être attachées. Mais l'amour, lui, est encore différent. Et lorsqu'il me saisit, il m'étonne. Me submerge.
On peut sans aucun doute aimer plus d'une personne à la fois. D'amour différent à chaque fois. Tous les amours ont un dénominateur commun, mais aucun le prend le même visage, la même intensité, le même sens. Lorsqu'on aime, on ne cesse pas du jour au lendemain pour rien. C'est une déchirure, une profonde blessure qui ne guérit que très rarement par elle-même. On se reconstruit autour d'une plaie, et on avance quand même, car d'autres liens fleurissent parfois, atténuant l'acidité de cette douleur. Et parfois, surprise... La plaie guérit lentement. Sûrement. Elle cicatrise. Car il n'y aura jamais une zone dénuée de blessure. Elle restera, un souvenir. On se construit, avec ces souvenirs, ce n'est pas plus mal.
Pour quiconque a déjà expérimenté plusieurs amours, je pense que l'expérience est commune. On est presque surpris par cette émotion qui envahit, ou qui nous a envahi et dont on a pas entendu les pas. L'amour se niche dans une place qu'on ignorait vacante, qui ne nous manquait pas forcément, mais trouve son exacte place. Il laisse parfois une traînée brûlante, ardente, ou au contraire adoucit sur son passage. Tous ces amours sont des cadeaux. Et on ne peut les oublier. Qu'ils soient loin ou juste à côté, le sentiment reste inchangé. Car c'est un sentiment vrai, simple, primaire. Il a toujours existé et existera toujours.
Lorsque la personne s'éloigne, il est le lien entre deux cœurs, celui qui tire douloureusement, fait soupirer et regretter la capacité d'aimer. On tente de dire "Je ne t'aime plus", "Je ne t'ai jamais aimé", "Tu n'as jamais eu de place réelle dans ma vie." Mais quiconque a souffert d'amour sait que c'est un mensonge. L'opposé de l'amour n'est pas la haine. C'est l'indifférence, sans douleur, sans joie. La fusion n'existe pas, le lien n'existe pas. C'est l'absence de sentiment. Si une personne éveille un sentiment, c'est qu'elle compte, qu'elle a du sens dans notre vie.
Accepter l'amour qu'on porte a quelqu'un est parfois compliqué. Mais qui peut venir fouiller les méandres de l'esprit pour savoir ce qu'il en est vraiment. L'amour fait fleurir le jardin secret, y met des fruits, orne son ciel de couleurs flamboyantes. Et seuls ceux qu'on aime ont accès à cette partie de soi. L'amour est une clef vers ce royaume intérieur qu'on réserve à ceux qu'on aime. Ils rentrent dans mon cercle réduit, à mes côtés. Les protéger. Les aimer. Les accompagner. C'est automatique. Je n'ai même pas à y réfléchir. Ils sont là.
Et quelle surprise alors pour ceux que j'ai accueilli là, et qui montrent un vrai visage trompeur ? C'est comme avoir montré mon ventre à l'ennemi. Une sensation d'avoir laissé entrer quelqu'un qui n'avait pas le droit, qui ne devait pas voir tout ça. Repousser cette personne c'est comme arracher une partie qu'on avait ancré en soi. Elle est là, cette douleur. Dans le point d'ancrage qu'on a sectionné pour ne pas rester dans une relation abusive, fausse, à sens unique... Peu importe la raison. La blessure existe. Et elle est sentie. Physiquement.
Le plus dangereux, après ça, est de s'empêcher d'aimer. C'est laisser la blessure à vif, et empêcher qui que ce soit d'essayer de faire fleurir ce jardin autour. C'est pourtant ça qui aide. Et qui redonne confiance.
J'ai été surprise par la sensation familière il y a peu. Pourtant, je ne manque pas d'amour, au contraire. Et pourtant, j'ai surpris ce nouveau sentiment. Encore et encore. Nouveaux amours, nouvelles présences. Nouvelles mains dans la mienne, sans chasser les précédentes. Juste un accueil, mutuel, dans cet endroit si intime. Et l'amour peut fleurir, parfois en amour romantique, parfois en amour plus tendre, presque familial... Quelle chance de pouvoir évoluer dans ce jardin au cœur de moi et de pouvoir simplement être aimée pour celle que je suis, aimer en retour, et ne pas douter. Voir cette blessure se refermer, celle du doute, de la méfiance.
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