Il arrive qu'il soit nécessaire d'afficher un visage sûr, confiant, ouvert, même si à l'intérieur cela ressemble bien plus au passage d'un cyclone. Je l'ai fais une grande partie de ma scolarité, je détestais ça, j'ai du le faire aujourd'hui et je le déteste toujours autant. Mais parfois, c'est indispensable. Il faut avoir l'air sûr, et dynamique, parfaitement au courant de ce dont on parle pour pouvoir avancer, sortir du lot. C'est comme mettre un masque par dessus son vrai visage. Si parfois il est plus confortable et permet d'éviter d'avoir à aborder des domaines qu'on ne souhaite pas avec des personnes qui ne sont pas proches, ou au contraire, trop proches, je porte un regard un peu navré et cynique sur ce masque.
Lorsqu'on sait que les situations ne se débloquent que pour ceux qui ont l'air de flotter sur un nuage de perfection, ou au contraire ceux qui en rajoutent dans leur misère, tout dépend de ce qu'on brigue, on apprend à porter plus ou moins bien ces masques. Ne pas en porter est une libération, mais en remettre et se rendre compte qu'ils se fondent avec facilité sur son visage a quelque chose de dérangeant. Car on ne se déshabitue pas vraiment.
Avoir entendu aujourd'hui de la bouche d'une prétendante psychologue qu'elle partageait tout avec ses patients et disaient les choses comme elles lui venaient m'a choquée. En grande partie parce qu'elle ne voyait pas en quoi cela pouvait porter préjudice à son patient. C'est triste, et j'espère sincèrement qu'avec le temps et l'instinct, elle verra que l’asymétrie de la relation n'est pas là pour rien. L'honnêteté est primordiale, mais tout dévoiler est contre productif. Effectivement, dans ce métier, comme dans tant d'autres, un masque est souvent nécessaire. Ce n'est pas le bon jour, ce n'est pas le bon moment, ce n'est pas la bonne personne. Tant de raisons peuvent compromettre un échange, qu'elles viennent de nous, de l'autre, de personne, de l'environnement.
L'important lorsqu'on montre une identité à quelqu'un n'est pas tant d'essayer qu'il ne le remarque pas, mais plutôt d'essayer de ne pas s'y habituer. C'est une partie de nous, mais pas forcément la partie la plus vraie. On peut dire des vérités par cette bouche, mais on met une distance comportementale. Et parfois, c'est pour éviter de blesser, d'autres fois pour simplement passer au travers d'une situation sans causer plus de remue ménage, chez nous ou chez les autres.
Mais le jour où on s'habitue un peu trop à porter un masque, difficile de l'enlever sans avoir du mal à se reconnaître. Pour certains, non, le sourire vissé aux lèvres n'est pas agréable, il est épuisant. Non, être serviable avec cette personne ne semble pas juste, c'est une habitude qui fait grincer des dents. Mais parfois oui, c'est ainsi. On réserve ce visage sans aucun artifice à qui on souhaite, aux moments qu'on souhaite. Et clairement il n'y a aucune culpabilité à avoir, tant que les intentions ne sont pas nuisibles.
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