samedi 29 avril 2017

Of closure : Le meilleur pour tous

Après réflexion, et quelques heures de discussion à cœur ouvert et questionnements en profondeur, je me rends compte que certaines choses ne sont définitivement pas saines. Et si je ne compte pas m'arrêter de vivre et encore moins de m'empêcher de faire quoique ce soit, je sais aussi qu'il est inutile de remuer un couteau dans une plaie, garder un quelconque faux espoir chez quelqu'un, qu'en sais-je.

Je pensais que la situation était équivalente, chacun de son côté, mais non, apparemment une paire d'yeux se promenait au dessus de la clôture et regardait de mon côté. Puisque cette vitrine que je pensais juste un exutoire paisible ne l'est pas tant que ça, et qu'elle n'est pas indispensable à la communication entre ceux que j'aime et moi, elle n'a pas lieu d'être. C'est pénible de se dire qu'on ne peut pas faire ceci, aimer cela, sans que ce soit passé au crible, à l'aveu même de ceux qui le font. Ca ne me plaît pas, mais aujourd'hui, je m'en lave les mains. Chacun ses affaires, les miennes ici s'arrêtent avec ces mots.

Je n'ai absolument pas besoin de ces pages pour communiquer avec ceux qui sont loin, et si un jour je venais à éprouver ce besoin, j'userais d'autres moyens qui ne seront pas détectables ou accessibles autrement. Aussi bien pour moi, mais pas que.

Ces années à être suivie ainsi sur le net (et même au delà !) ne laissent en moi qu'un épuisement, une lassitude. C'est le mot exact. Lassitude. Agacement, plus rarement, mais lassitude surtout. J'ai la sensation d'avoir parlé dans le vide, communiqué sans que ce soit écouté, à chaque fois que je l'ai fais. Il est bien plus sain pour tout le monde de cesser de regarder par dessus cette clôture. Mettre un vrai point final. Ce n'est pas en touchant une cicatrice qu'elle peut prendre le temps de se former. On ne fait que rouvrir des plaies. Et quelle perte de temps, quelle perte d'énergie, quelle fuite d'affection qui devrait, ou pourrait, tout simplement, aller ailleurs. On pense parfois voir des signes où il n'y en a pas. Des messages pour soi où il n'y en a pas.

L'amour ne se nourrit pas d'obsession et de décisions allant contre ce que la cible souhaite. Au contraire, l'amour se nourrit de respect et d'acceptation de ce que l'autre veut. Si c'est exactement ce qui fait le fond de la situation, la suite des événements coule de source.

Cela aurait du cesser il y a bien longtemps.

vendredi 28 avril 2017

Of masks : Par la force des choses

Il arrive qu'il soit nécessaire d'afficher un visage sûr, confiant, ouvert, même si à l'intérieur cela ressemble bien plus au passage d'un cyclone. Je l'ai fais une grande partie de ma scolarité, je détestais ça, j'ai du le faire aujourd'hui et je le déteste toujours autant. Mais parfois, c'est indispensable. Il faut avoir l'air sûr, et dynamique, parfaitement au courant de ce dont on parle pour pouvoir avancer, sortir du lot. C'est comme mettre un masque par dessus son vrai visage. Si parfois il est plus confortable et permet d'éviter d'avoir à aborder des domaines qu'on ne souhaite pas avec des personnes qui ne sont pas proches, ou au contraire, trop proches, je porte un regard un peu navré et cynique sur ce masque. 

Lorsqu'on sait que les situations ne se débloquent que pour ceux qui ont l'air de flotter sur un nuage de perfection, ou au contraire ceux qui en rajoutent dans leur misère, tout dépend de ce qu'on brigue, on apprend à porter plus ou moins bien ces masques. Ne pas en porter est une libération, mais en remettre et se rendre compte qu'ils se fondent avec facilité sur son visage a quelque chose de dérangeant. Car on ne se déshabitue pas vraiment. 

Avoir entendu aujourd'hui de la bouche d'une prétendante psychologue qu'elle partageait tout avec ses patients et disaient les choses comme elles lui venaient m'a choquée. En grande partie parce qu'elle ne voyait pas en quoi cela pouvait porter préjudice à son patient. C'est triste, et j'espère sincèrement qu'avec le temps et l'instinct, elle verra que l’asymétrie de la relation n'est pas là pour rien. L'honnêteté est primordiale, mais tout dévoiler est contre productif. Effectivement, dans ce métier, comme dans tant d'autres, un masque est souvent nécessaire. Ce n'est pas le bon jour, ce n'est pas le bon moment, ce n'est pas la bonne personne. Tant de raisons peuvent compromettre un échange, qu'elles viennent de nous, de l'autre, de personne, de l'environnement. 

L'important lorsqu'on montre une identité à quelqu'un n'est pas tant d'essayer qu'il ne le remarque pas, mais plutôt d'essayer de ne pas s'y habituer. C'est une partie de nous, mais pas forcément la partie la plus vraie. On peut dire des vérités par cette bouche, mais on met une distance comportementale. Et parfois, c'est pour éviter de blesser, d'autres fois pour simplement passer au travers d'une situation sans causer plus de remue ménage, chez nous ou chez les autres.

Mais le jour où on s'habitue un peu trop à porter un masque, difficile de l'enlever sans avoir du mal à se reconnaître. Pour certains, non, le sourire vissé aux lèvres n'est pas agréable, il est épuisant. Non, être serviable avec cette personne ne semble pas juste, c'est une habitude qui fait grincer des dents. Mais parfois oui, c'est ainsi. On réserve ce visage sans aucun artifice à qui on souhaite, aux moments qu'on souhaite. Et clairement il n'y a aucune culpabilité à avoir, tant que les intentions ne sont pas nuisibles.

jeudi 27 avril 2017

Of repetition : Le naturel revient au galop

On a tous nos tendances naturelles. Être introverti ou extraverti. Réagir à la confrontation par l'affrontement ou la fuite. Passer aisément à autre chose ou ruminer. La répétition n'est pas tant une habitude que l'expression de notre caractère. Et plus le temps avance, plus on se rend compte que ce caractère a été façonné par les rencontres successives, par les événements de la vie, etc. Un rêveur aura du mal à devenir quelqu'un de terre à terre à 100%, et inversement. 

"Chassez le naturel, il revient au galop." Effectivement, ça n'a rien d'étonnant. C'est ce qui, aux yeux du cerveau, a offert le plus de satisfaction, ce "naturel". Même certains comportements très auto-destructeurs sont considérés comme libérateurs, agréables, par certains. Car c'est leur façon de gérer les situations, surtout difficiles. Ou d'éviter la déception en sabotant ce qui pourrait aller bien. Mais pourrait aussi, en théorie, aller mal. Un peu comme une addiction, certaines habitudes sont difficilement gérables tant elles envahissent, certaines jalousies, par exemple. Les origines peuvent être multiples, mais le quotidien devient épuisant.

On en revient à la même situation lorsqu'on rencontre de nouvelles personnes. On se rapproche bien souvent des équivalents. On se rend compte qu'on termine par attirer (ou accepter dans notre vie) le même genre de personnes. Par affinité, par la manière dont ils nous font sentir... Dans tous les cas, on retombe dans de vieux travers. Ou on attire des gens avec la même vibration. Lorsqu'elle est bonne, on peut potentiellement attirer les gens qui souhaitent aussi continuer à évoluer, et soutenir les autres. C'est assez étonnant comme les gens qui se ressemblent s'assemblent effectivement souvent si il n'y a pas de problèmes d'ego en fond, ou de conflits d’intérêts.  

Concernant le caractère, j'ai remarqué à quel point changer une façon de penser était compliqué, en particulier lorsqu'elle est habituelle, et a fait beaucoup trop de bien pour ne pas être un exutoire parfait. Et le seul moyen de s'éloigner de ce naturel qui n'est absolument pas positif est malheureusement soit de couper court, de la manière la plus brutale possible, et essayer d'avoir une volonté de fer. Ou être face à une situation où ce naturel fait trop mal. Ou le mauvais surpasse le bon, et l'échappatoire parfaite. C'est une sensation terrible, tout est drainé, tout est perdu. Tout est vide. 

Ne plus savoir où on en est aurait tendance à nous pousser vers ce naturel, pour nous rassurer, retrouver une régularité. Mais c'est impossible cette fois ci. 

La réalité et le réalisme, être pragmatique dans un cas où je préférerais m'enfoncer à nouveau dans l'imagination... C'est de loin ce qui me pèse le plus. Mais c'est pour le mieux. Au bout du compte, ce sera libérateur d'un cercle infernal.

mercredi 26 avril 2017

Of despair : Rejoindre le fond des abysses

C'est comme regarder le ciel étoilé, illuminé, tout en flottant dans l'eau, immobile. Être tombé du bateau et s'étonner de ne pas avoir coulé à pic. Mais progressivement, on se rend compte qu'on coule. Tout doucement. L'eau grignote sur le corps, tout devient pesant. Tout pèse. Et lorsque même le visage y passe et que l'eau commence à tout envahir, on s'étonne presque de ne pas avoir le réflexe de bouger. Les bras. Les jambes. Quelque chose. On arrive à penser que la sensation de l'eau brûle les muqueuses et fait hurler les poumons. "It hurts." Rien de plus. La lumière avant si claire se trouble, se brouille. Elle se fait engloutir aussi.

On sait que couler est inexorable. Ce qui a renversé le bateau est presque aussi intolérable que cette sensation de s'enfoncer dans les abysses. C'est lui, le désespoir. Cet arrêt des réflexes pour remonter à la surface. L'eau qui recouvre le visage. S'insinue partout. Et la longue, lente descente. Et cette lumière qui disparaît au dessus de soi. L'a t-on jamais vraiment connue, au final, cette lumière ? Tout semble si sombre, en bas. Mais étrangement, si silencieux, aussi. Tout ce qui fait rage à l'intérieur est entouré d'un silence incroyablement profond. Qui peut être apaisant pour certains, c'est mon cas, ou angoissant pour d'autres.

C'est une sensation qui est difficilement descriptible en partie lorsqu'on ne l'a pas vécue. Et même lorsqu'on est passé par là, je me rends compte avec le recul qu'il est difficile d'en faire une autopsie. C'est juste un ici, maintenant. Une absence de tout ou presque. Juste cette chose qui nous mange de l'intérieur. Sans rien montrer. Progressivement, le désespoir envahit. Pas de colère pour donner un coup de jambes rageur et remonter à la surface. Pas d'explosion de rage, dans ce désespoir progressif, qui ferait se débattre contre l'inexorable gravité vers les abysses. Juste une passive descente, douloureuse. Car oui, la douleur, elle, est omniprésente mais si envahissante qu'elle arrête tout. Elle paralyse.

C'est un de ces désespoirs qui vous enlève même qui vous êtes. Tout disparaît. C'est ce désespoir qui s'installe lorsqu'on a la sensation de n'être personne. "From Nothing to No One." C'est passer de quelqu'un inclus dans une société établie, mais sans aucun statut... A même se sentir étranger au milieu de tous ces groupes. Nulle part. Pas seulement un membre invisible de quelque part. Un membre invisible de nulle part. Regarder dans le miroir et ne rien voir. Rien du tout. Demander sans cesse à ce reflet qui nous sommes, et ne recevoir que cette réponse. No One. Indéfinissable. Inclassable. Le rêve de tous ceux qui ne veulent pas appartenir au troupeau, être des outsiders. Mais ils ne comprennent pas qu'être personne n'est même pas être un outsider. C'est n'être personne où que ce soit. C'est ce genre d'événement qui provoque le désespoir progressif. Une crise. Soudaine, mais qui ébranle jusqu'aux fondations de ce qu'on est. Et contre laquelle on ne peut rien.

C'est une sensation que personne n'a hâte de rencontrer à nouveau. Dont on ne connaît pas le délai avant la fin. Combien de temps avant d'atteindre le cœur des abysses...?

mardi 25 avril 2017

Of uncertainty : Le tremplin

Prendre des décisions fermes et définitives est une chose que j'aime faire. Je n'aime pas revenir encore et encore sur mon avis, à moins d'une excellente raison qui me fasse analyser à nouveau la situation. Je prends du temps pour arriver à un choix, et ce n'est pas pour rien. Je préfère être sûre de moi pour ne rien regretter. C'est ma plus grande appréhension. Le regret. Du coup, je prends parfois des jours, des mois, voire des années avant de me sentir prête à faire quoique ce soit, si la situation ne va pas ouvertement contre une de mes valeurs. Pour prendre en compte tous les scenarii, ne pas regretter quoique ce soit. Peser le pour et le contre avant d'ouvrir ou porte ou la fermer. Et lorsque je dois revenir sur une décision, au vu de nouveaux éléments, cela me prend souvent autant, si ce n'est plus encore, de temps. 

Mais entre la prise de décision et la nécessité de la prendre existe cette période d'incertitude. Un choix cornélien demande une réflexion à grande échelle, des situations diverses, un réel retour sur soi, aussi. Mais il existe aussi des situations, et de loin les plus anxiogènes à mes yeux, où l'incertitude ne vient pas de moi. Elle existe car je ne suis pas celle à prendre la seule décision. C'est une situation où je peux aussi bien réussir qu'échouer, et ça ne repose pas que sur moi. Malgré toute la préparation, les heures passées à me demander si la situation est idéale, je sais qu'une partie de l'issue ne repose pas sur moi mais sur des facteurs sur lesquels je n'ai aucune prise. 

Cette même incertitude arrive parfois aussi avec certaines personnes. Lorsque je ne sais pas exactement quoi penser d'elle, que j'ai trop peu d'informations, je commence à analyser tout ce que fait, dit, montre cette personne. Les échos que j'ai d'elle. J'essaye de trouver un juste milieu afin de ne pas me faire avoir, mais de ne pas faire preuve de trop de préjugés non plus, ce n'est pas le but. Avec le temps et l'expérience, j'ai réalisé que j'étais plus méfiante et ça a rarement été un mal. Mais les extrêmes que je peux ressentir à la fois pour une personne que j'ai du mal à cerner me donnent la mesure de mon incertitude, mon incompréhension. Je comprends la fascination mêlée d'une certaine défiance. J'ai même déjà compris comment amour et haine pouvaient se mêler sur un même plan. Le curseur entre les deux est plus modulable qu'on peut le penser. 

Je vis encore aujourd'hui dans l'incertitude, concernant de nombreuses choses. Me lancer dans des projets majeurs, transformer mes relations avec certaines personnes, tenter de continuer ou non à faire preuve de curiosité, sans savoir si je veux connaitre les réponses à mes questions... Il existe des domaines où on pense qu'on veut savoir et où la réponse fait mal. C'est ainsi. Le plus dur choix est probablement de se demander si son intérêt surpasse l'angoisse. Bien souvent, j'opte pour savoir, en particulier en terme de connaissances théoriques et approfondissement des choses. Probablement parce que la curiosité fait partie de ma personnalité. J'écoute, je lis, j'apprends. Je vois beaucoup de choses qui se passent, et j'enregistre ce que j'observe, souvent plus que pensent les gens d'ailleurs. Et lorsque j'en sais beaucoup, assez pour me faire une idée, je passe à autre chose.

Et au moins, une fois qu'on a la réponse, inutile de revenir dessus, cela ne reviendra plus nous hanter et pourra être classé.

lundi 24 avril 2017

Of fatherhood : Coup de poker

Je n'ai pas forcément eu le meilleur exemple en terme de paternité, dans ma vie. J'ai eu un excellent exemple de grand-père, en revanche, mais père, c'était une autre histoire. J'ai vu des oncles géniaux, qui avaient l'air différents avec leurs enfants. Pas forcément mauvais. Pas forcément les meilleurs. J'ai vu autour de moi des personnes qui avaient leur père et auraient souhaité ne pas en avoir. D'autres n'en avaient pas et en souffraient. Pour ma part, et étant donné l'explication et le recul que j'ai eu sur la situation, je me rends compte que je n'en ai jamais manqué. Pas du père en tant que tel. J'avais d'autres exemples masculins et ça ne m'a pas empêchée de pouvoir me rendre compte que les hommes ne sont pas tous mauvais, au contraire, certains sont excellents. Et pourtant, aujourd'hui, il est vrai que je me pose des questions sur ce rôle que je connais peu. Et que je ne connaîtrai jamais étant donné que je doute me réveiller demain dans la peau d'un homme. 

Lorsque j'ai vu mon cher et tendre pour la première fois avec des enfants, j'ai réalisé qu'à priori, je n'avais pas de souci à me faire. Le désir d'enfant était présent depuis un moment, mais ce n'est pas ici la question. Simplement, j'y avais réfléchi, en fonction aussi bien de mon histoire, de la sienne, de ce que j'avais pu voir, de nos échanges à ce propos. C'est assez étrange d'ailleurs d'imaginer ce changement de statut chez quelqu'un qu'on connait peu, puis de mieux en mieux. Parfois ça coule de source, comme ici, parfois non. 

Dans tous les cas, le changement est au rendez-vous. Si il n'y a pas de changement, souvent, il n'y a pas d'adaptation à la nouvelle situation. Au fil de mes études, et encore plus cette année, je me suis penchée sur ce qu'on attribuait aux pères. Ce qu'on attendait d'eux. Mais aussi le soin qu'on leur apportait, ce qu'on pouvait faire pour les aider à vivre la transition. Non, ce n'est facile pour personne. C'est un challenge qui se prend à bras le corps, un changement de statut. Pas assez investi, le père s'efface. Trop investi, le père se retrouve chargé d'une quantité considérable de nouveauté à gérer. C'est un saut dans la nouveauté, peu importe le nombre d'enfants, mais encore plus lorsque c'est le premier.

Je suis assez étonnée, à vrai dire, de voir la dichotomie entre les demandes. Être là à 100% et s'investir dans la grossesse mais ne pas trop en faire. Être au petit soin mais continuer à ramener de l'argent. Voir dans la femme uniquement sa femme, la femme sensuelle et pas la femme mère, ou au contraire ne pas la voir autrement que comme cette mère, dans un tabou encore ancré. Il ne faut pas la désirer. S'investir dans les choix par rapport à cet enfant, et pourtant entendre que ce n'est pas son corps, qu'au final, le choix repose sur la mère. Je pense qu'il est difficile aussi pour une mère de savoir où se placer. Certes son enfant est biologique, aucun doute. Contrairement au père qui peut d'ailleurs en douteur. Mais surtout, il faut réussir à savoir où se placer au milieu de ce trio (voire plus, en cas de grossesse multiple). C'est compliqué, c'est une nouvelle aventure. Mais tandis que les mères ont de multiples études faites à leur sujet, que le soutien psychologique leur est souvent proposé en pré et post natal, les pères sont parfois un peu perdus au milieu de tout ça. Cela m'a étonnée de voir l'inégalité flagrante d'études sur ces papas. Oui, ils peuvent souffrir de la remise en question des affects de leur enfance. Oui, ils peuvent se sentir coupables aussi. Oui, ils ont envie de passer du temps avec leur enfant et sont capables de s'en occuper. Oui, ils ont des soucis avec leur estime d'eux même lorsqu'ils se demandent si ils vont être à la hauteur. Minimiser la pression sur leurs épaules est une grave erreur.

C'est un grand pas à faire à deux. Mais surtout, si la relation ne tombe pas en morceaux avant cet enfant (et en particulier si il n'a pas été fait pour tenter de sauver une relation, ce qui au final marche plutôt mal), quelle aventure à commencer ensemble ! Et non, être parents et être amants n'est pas incompatible. Non, mettre au monde un enfant commun n'est pas forcer la passion à s'éteindre. Au contraire. C'est redécouvrir l'autre, mais se rendre au compte que ce temps passé avant l'enfant n'a pas disparu. Il n'est pas mort. Il a mené à la concrétisation de l'amour, quelle beauté ! 

Laissons donc à ces papas (ou mamans n'ayant pas porté l'enfant, d'ailleurs !) l'occasion de prendre soin de cet enfant comme il a pris soin de son aimé(e) avant ça. Tout le monde découvre. Découvrir ensemble fait aussi partie de la situation. Ne laissons pas le stress nous manger. Ne laissons pas l'incertitude avoir raison de ce qui a été assez beau et intense pour donner un petit être. 

Et même dans les situations où arrive la perte, volontaire ou non, d'un enfant, les papas aussi souffrent. Bien sûr qu'ils vivent un deuil. Ils ne l'ont pas porté mais ont connu l'existence de ces cellules pouvant devenir un bébé, ou déjà foetus. Eux aussi peuvent passer au travers de durs moments. Se sentir mal pour leur femme, se sentir perdus et vides. Car oui, eux aussi construisent peu à peu leur attachement. Et quel parcours ! Ils ne rencontrent cet enfant que plus tard, concrètement. Mais dans leur esprit, certains papas connaissent cet enfant dès leur conception. C'est ainsi et disqualifier la douleur et le deuil serait aussi injuste que de dire de passer à autre chose à une mère qui perd son enfant. Le rythme de chacun est différent. Acceptons le aussi chez les pères. Ils ne sont que rarement juste des 'géniteurs', lorsqu'ils restent après avoir appris la grossesse. Ils fondent une famille, ou l'agrandissent.

Ceux qui choisissent de partir ont probablement leurs raisons aussi. Historiques, environnementales, liées à un chantage, ou à simplement une absence de sentiment. Un accident. Et ceux qui ne souhaitent pas endosser ce titre de père n'en sont tout simplement pas. Ce n'est sain pour personne de forcer un statut sur une personne qui ne le souhaite pas.

Prenons le temps, parfois, de remettre tous ces hommes dans leur contexte. Un jour, ils ont appris qu'ils avaient créé la vie. Ils ne le voient souvent pas immédiatement. Ces deux traits sur un bout de plastique semblent abstraits, mais n'empêchent pas de commencer à se projeter. D'autres commencent en voyant l'écran s'animer, en entendant ce coeur qui bat. Et eux aussi, passent parfois des nuits blanches à se demander comment faire face à tout ça, sans inquiéter leur femme, sans dévier du modèle de "l'homme fort". Acceptons donc que tout le monde ait des faiblesses. Nous en avons tous. Le plus important, après cela, est de ne dénier aucune aide à l'autre et simplement grandir ensemble. Comme avant cet enfant. Chaque jour, un pas de plus. Un jour de plus. Une expérience en plus.

dimanche 23 avril 2017

Of body : Carcan & enveloppe

Je ne me souviens pas vraiment d'un moment, en tant qu'humain un minimum autonome et capable de marcher, où je me sois sentie bien dans ce corps. Je sais que l'origine remonte à l'école, ou la nourrice, mais en tout cas, cela a commencé très jeune, ces piques, des enfants surtout. On dit bien que les enfants sont des êtres cruels. La plupart le sont parce que leurs parents le sont aussi. Pas tous, mais cela s'observe à la sortie des classes. On reproche aux enfants d'être des brutes, ou d'être maltraitant avec leurs camarades, mais il est important de se pencher sur l'exemple qu'ils ont eu.

Il est tout sauf facile de vivre avec des complexes, encore plus lorsque vous sont martelées chaque jour des mots qui vous rappellent que quelque chose chez vous est différent. Il est naturel pour un enfant de chercher des amis, de participer à un groupe qui leur convient. Etre rejeté n'aide pas à se sentir à l'aise en société. Et tandis que les plus méchants ou les plus bruyants sont vus comme extravertis et des leaders, les plus discrets commencent à s'effacer sur le banc de touche. Certains s'épanouissent de côté, ce fut mon cas par moment, mais je restais terriblement consciente qu'il s'agissait d'une mise de côté à cause du physique. Les vêtements, la silhouette, cela ne rentrait pas dans leur moule. Et plus j'étais mise de côté, plus je découvrais ailleurs du réconfort. Exactement là où il ne fallait pas. C'est mon point sensible, une de mes kryptonites. 

Cela ne s'est pas arrangé avec le temps. Il existe sur le net un extrait d'une conversation qui m'a frappée : "Souvent, lorsqu'on regarde un mot trop longtemps, qu'on le regarde trop longtemps, il perd son sens. Et si c'est ce qu'il se passait avec le corps des gens complexés ?" On focalise bien sûr énormément sur ce qui ne va pas. Et tout se focalise autour d'un seul problème. On devient le problème, on ne voit plus que ça. 

En regardant en arrière, je me demande quel problème je pouvais bien voir sur moi. Et je m'en souviens très bien, puisqu'ils persistent. Et la même sensation reste. Cette sensation qui fait que parfois, on ne peut même pas se regarder dans un miroir. Ou juste le regard. Et surtout pas le reste. Surtout pas ce corps qu'on déteste, encore plus lorsqu'on essaye de le changer. Et qu'il reste ainsi. Pas de mouvement. Pas d'amélioration. C'est un nouvel échec.

Je me souviens, plus jeune, m'être demandée pourquoi ce corps était si versatile. Comment certains arrivaient à le modeler à leur guise, alors que d'autres persistaient à stagner dans un état qui ne leur convient pas. Et pourquoi certains s'attaquaient même à ce corps en le martyrisant. Pas de nourriture, trop de nourriture, forcer le retour des aliments, le brûler, le couper, non pas pour l'orner comme dans les scarifications rituelles, mais juste pour avoir un exutoire.

Je me souviens m'être demandé si la sensation de libération était réelle. Je me souviens de cette fille dans ma classe, les bras bardés de cicatrices. C'est assez étrange car je trouvais au final que ce mélange de cicatrices avait quelque chose d'assez ornemental. C'était un soulagement, quelques années après, de voir ces cicatrices vieillies. On ne peut souhaiter à personne de connaître un mal-être assez grand pour devoir tailler dans son corps afin de ressentir une autre douleur. Ou ressentir quoique ce soit. Je me souviens avoir, par curiosité, usé d'une de ces 'techniques' si on peut appeler ça comme ça, de scarification. Pour voir. Pour comprendre. Je n'ai pas ressenti la libération, ni de mieux temporaire. Ce n'était pas mon exutoire personnel. Au final, ce n'est qu'un symptôme, un moyen de chercher un peu de réconfort. Je n'y ai trouvé aucun, mais j'ai cherché à comprendre, car c'était un terrain inconnu. Et j'ai saisi quelques bribes. Pour certains, je pense, le rituel fait beaucoup. Cela demande une certaine mise en place, un certain calme apparent alors que tout à l'intérieur est chaos, un premier geste pour commencer. 

Avec le temps, le complexe n'est pas parti. La confiance en soi, elle, s'est fait la malle. Mais ma vision au corps en général a changé. Il peut faire le bien. Il peut faire ressentir de bonnes choses. Il peut fabriquer des choses absolument superbes. Et surtout, plus on le martyrise et moins il est accueillant, moins on se sent à l'aise dedans. Beaucoup, en société, et surtout jeune, ne comprennent pas les conséquences de leurs mots. Ce n'est pas une blessure seulement immédiate. Cela suit toute une vie. Et plus c'est répété, plus la personne ancrera ces mots en elle et deviendra persuadée que c'est la réalité. Même en ressentant un besoin de puissance, il serait grand temps que dès la petite enfance, on fasse comprendre aux enfants que non, ce n'est pas une option.