La guérison. Le soin. Faire quelque chose. Alléger la douleur. Autant de choses qui reviennent en permanence frapper à ma porte. Chaque choix de carrière, chaque fiction écrite, on retrouvait cet aspect. Il m'a fallu un peu de temps pour le remarquer, mais c'était un thème récurrent.
"C'est une vocation" me disait on quand je parlais de mon choix d'orientation. Je n'ai pas compris tout de suite. D'une part car ça me semblait juste naturel. D'autre part car clairement, c'est avec l'expérience qu'on comprend qu'il n'y a pas d'heures de bureau pour l'esprit du soigneur. C'est un investissement permanent. Une tâche de fond. Et surtout, un trait de caractère qui revient très régulièrement.
Ce n'est pas tant la guérison seule, la guérison médicale pure. C'est aussi la guérison de l'esprit, mais aussi son penchant plus sombre. Instiller les émotions, gérer l'esprit. Cette grande machine. Avoir conscience de tout ce qu'on peut faire...
Montrer aux gens toutes leurs capacités. Ils en ont. Tout le monde en a. Les voir peu à peu prendre confiance. S'envoler. Jusqu'à ne plus avoir besoin de vous. Les voir s'épanouir. Résister à l'envie de contrôle. De les garder. Au contraire, les observer vivre avec cette nouvelle liberté, après des pleurs, des colères, des impasses. Apprendre, chacun, de l'échange. Et voir cet esprit apaisé. Conscient de ses capacités.
La découverte de soi n'est jamais terminée. Mais parfois, un peu d'aide permet de ne pas se perdre. Ne pas perdre l’œil bienveillant qu'on peut, qu'on doit avoir sur soi. J'imagine que ce rôle de guérisseuse a beaucoup d'origines possibles. Le nombre de guérisseurs dans ma famille m'aura motivée. Le fait d'être utile, d'aider et de recevoir la reconnaissance, peut-être aussi. Même si au final, avec l'expérience, la reconnaissance du patient n'est pas un facteur de satisfaction. Voir l'évolution, les progrès... C'est le réel trophée. "Je ne ressens plus le besoin de vous voir." Quel étrange apaisement. Que ce soit ponctuel ou définitif, il y a quelque chose de serein et de maître de soi, dans cette phrase, lorsqu'elle est dite sincèrement.
Je m'étonne encore, parfois, de ce besoin d'intervenir, parfois. Pas seulement dans le soin, mais dans ce qu'on nomme le "care", le fait de se soucier de quelque chose. Les causes qui m'importent. Une situation compliquée. Je peine à rester sourde à ça. C'est parfois épuisant. Mais c'est ainsi. L'humanité en groupe n'est que peu gâtée. Tout se complique lorsque les groupes idiotisent les membres. Mais je ne peux nier un attachement certains à ceux que j'aide. A ceux sans voix. A toutes ces causes qui me révoltent, fouettent le sang et font grincer des dents. Car les humains bénéficient définitivement de "l'amour" (vaste sujet) et de l'attention qu'on leur porte. Libre à eux de l'accepter ou non. De choisir d'avancer, ou non.
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